dimanche 16 novembre 2008

Loin de moi l'idée de me faire mousser,...

...mais il faut bien se rendre à l'évidence, j'ai du succès. Je veux dire dans la vie, en général, dans la rue, tout ça. J'ai du succès. Non, vous ne rêvez pas, je suis bien en train de me vanter  d'être irrésistible. C'est bien simple : dans la rue, les mecs sont tous à mes pieds.

Regardez, un jour, j'étais à la Fnac, rayon bouquins de prépa (ne vous y méprenez pas, je n'y ai mis les pieds qu'une fois, dans ce rayon, et juste pour rire, hein). Je devais être nonchalament accoudée au rayonnage, feuilletant avec un air intelligent un livre auquel je ne comprenais pas un traitre mot, quand un monsieur, la trentaine, un accent à couper au couteau, laid comme un pou, chevalière en or au petit doigt et blouson de cuir, me propose d'aller boire un verre. Face à mon refus poli, il insiste : je suis vraiment magnifique. Je souris, j'acquiesce gentiment, mais non, vraiment, je ne veux pas aller boire un verre. En plus, il est moche. Enfin ça, je ne le lui dis pas. Je remplace par un enroulement savant de la tête dans les épaules avec pour objectif final de disparaître dans Les mathématiques en MPSI car c'est pas pour dire, mais il se rapproche, le coco. "Mais mademoiselle, vous êtes vraiment magnifique, venez, vous ne voulez pas vous marier avec moi ?" Et paf. Une demande en mariage. Vous voyez bien que j'ai mes raisons de me faire mousser, quand même. Il y en a beaucoup parmi vous qui suscitent le coup de foudre rien qu'en lisant des livres de maths ? Bon, alors.

Mais ce n'est pas tout, ne croyez pas que je me lance dans un article avec une ridicule unique preuve de mon succès fatal. Non non. Car figurez-vous que pas plus tard que vendredi, j'attendais le bus. Le bus en retard, pour être précise. J'étais donc magnifique, souriante et avenante comme à mon habitude, mais peut-être seulement un poil moins détendue que d'us. Avec moi à l'arrêt, un homme. Petit, gras, lunettes rectangulaires, mocassins beige, pantalon bleu et imper vert. Vingt-cinq ans peut-être, mais pas plus de deux minutes d'expérience de drague, Jean-Guillaume (comme j'ai tout de suite décidé de le baptiser) regarde une dernière fois sa montre, les horaires de bus, à nouveau sa montre puis ses chaussures, et, certain que je regardais ailleurs, s'approche nonchalament de moi pour me gratifier d'un large sourire avant de me demander d'une voix fluette et mal assurée : "quelle heure est-il s'il-vous-plait ?". "Dix-huit heures vingt-quatre", sourire rapide qui signifie "et maintenant tu me lâches" et regard vite porté au loin. Personne n'y résiste, sauf Jean-Guillaume. Je suis au fin fond de l'arrêt, calée dans l'angle, et lui est accoudé à trente bons centimètres de moi, sourire figé, et il me regarde. Il est tourné vers moi, je sens son regard insistant dans lequel on doit noter une touche d'hésitation et de gêne. Il ne bouge pas. Je l'ai tout simplement subjugué. Il a suffit que j'articule sensuellement "dix-huit heures vingt-quatre" et paf. Je l'entends respirer. Pour faire cool, il a une jambe pliée, il est en appui sur l'autre, et il ne bouge toujours pas. Ce type est le recordman du monde de la station sur un pied. Il ne bouge pas et il me regarde. Et allez conserver une activité normale avec un énergumène qui entretient avec vous une promiscuité intolérable pendant un temps si long ! Et que dire ?! Je m'arrête là, je me contenterai de vous dire que mon clavaire a duré dix minutes, les dix plus longues de ma vie (mais il est possible que je revienne sur cette dernière déclaration hein), et que même s'il est descendu au même arrêt que moi pour prendre la même correspondance, j'ai réussi à le semer dans le tram.

Depuis, je me suis bien remise, je vous remercie, et soyez assurés que je vous tiendrai au courant de mes nouvelles mésaventures.

Posté par LauraM à 17:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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